A l’occasion de la célébration des 47 ans d’indépendance des Comores, Said Ahmed Said Abdillah a répondu à nos questions. Selon lui, le bilan est positif dans tous les domaines. Bien que l’indépendance soit incomplète.

47 ans après l’indépendance, quel bilan dressez- vous ?
Nous avons fêté le 6 Juillet 2022, les 47 ans d’indépendance de notre pays, les Comores. Ma pensée va, d’abord, au père de l’indépendance, Ahmed Abdallah Abdéremane qui a osé le proclamer d’une manière unilatérale, c’est-à-dire sans le consentement de la France. Nous lui devons cette reconnaissance de courage qui a marqué son temps. Ma pensée, va également aux hommes et aux femmes qui ont milité pour l’indépendance de notre pays. A tous, je leur dis merci pour nous avoir légué un pays indépendant et nous ne vous oublierons jamais même ceux qui sont morts. Quant au bilan de notre indépendance, je peux vous assurer qu’il est positif dans tous les domaines.
Selon vous, les Comores sont-elles réellement indépendantes ?
L’indépendance des Comores, proclamée le 6 Juillet 1975, est incomplète du fait de l’occupation par la France d’une partie de notre territoire nationale, Mayotte. L’indépendance des Comores est aussi incomplète du fait de l’imposition par la France de l’usage de sa monnaie, dite franc comorien aux Comores. Tant que la France occupe Mayotte et que nous n’ayons pas notre propre monnaie nationale, notre indépendance reste inachevée. Nos ainés ont pu conquérir l’essentiel proclamé l’indépendance de notre pays sur la base de quatre îles, à savoir, Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande Comore. Ils ont pu inscrire les Comores au niveau international sur la base des quatre îles. Ils n’ont jamais cessé, à chaque fois que l’occasion se présentait, de réclamer le retour de l’île comorienne de Mayotte dans le giron national. Cette lutte acharnée pour le retour de Mayotte a été délaissée par la nouvelle génération des dirigeants comoriens qui sont la plupart installés aux pouvoirs par la France afin de protéger et servir ses intérêts au détriment de Comores et du peuple comorien. Ces nouvelles générations des dirigeants comoriens coptées par la France pour diriger notre pays n’ont qu’une seule ambition, servir les intérêts de la France au détriment du peuple comorien et des Comores et s’enrichir eux et leurs familles.
Comment faire sortir le pays de ce marasme ?
Pour sortir les Comores de ce marasme économique, il nous faudra, en premier lieu avoir une monnaie comorienne, c’est-à-dire notre indépendance monétaire. Chaque pays indépendant a sa propre monnaie, comme il a son propre drapeau national. La monnaie nationale nous permettra d’avoir une banque centrale comorienne qui va garder notre or et nos devises aux Comores. La monnaie qu’on utilise aux Comores n’est pas comorienne et de même la banque centrale dite des Comores n’est pas comorienne. Elle est là pour représenter le trésor public français et collecter les devises pour l’envoyer en France via Mayotte. Si nous avons notre banque centrale, c’est elle qui va piloter notre politique économique en faveur de plein emploi et de la lutte contre l’inflation. Nous ne pourrons rien faire sans la maitrise de la monnaie. Nous avons vu pendant la crise de covid 19, que toutes les banques centrales du monde aidaient leurs pays financièrement sauf celle dite des Comores. Elle n’a fait que des mesures internes qui n’avaient pas des réels impacts sur l’économie comorienne. La deuxième chose à faire est de changer le mode de gouvernance et les objectifs ou les rôles de l’Etat. Nous avons perpétué un système colonial dans les rôles de l’Etat qui était en faveur de la minorité coloniale. L ‘Etat comorien d’hier et d’aujourd’hui travaille en faveur de ses dirigeants politiques et dans les moindres mesures pour les fonctionnaires. Mais le peuple comorien ne profite rien de l’Etat qui le spolie tous les jours. Pour preuve, prenez l’exemple d’un ministre qui gagne aux environs d’un million cinq cent mille francs comoriens, il a une indemnité de logement de sept cent cinquante mille francs comoriens environ 50% de son salaire, une voiture de fonction avec mille litres de carburants et un chauffeur. Ce ministre à chaque fois qu’il voyage, ses frais de voyage et hôtels sont pris en charge par l’Etat et une indemnité par jour même s’il va à Anjouan ou à Mohéli. Or le pauvre comorien doit tout assumer seul. C’est en changeant les rôles de l’Etat que nous pouvons lutter contre la misère et l’injustice organisées et entretenues par nos dirigeants politiques. Nous devons diminuer de 30% les salaires de nos dirigeants en l’attribuant aux bas salaires et supprimer l’indemnité de logement et la dotation des carburants des hauts fonctionnaires et des dirigeants politiques.
47 ans d’indépendance et le pays est en crise sociale, politique, économique, éducative et sanitaire. Quelles priorités préconisez-vous pour le devenir et le bien-être des Comoriens ?
La priorité est de doter les Comores d’une monnaie nationale où nous aurons la maitrise de la politique économique. C’est en ayant la maitrise de notre monnaie que nous pourrons lancer les cinq modernisations ou développements de notre pays. Il consiste à la modernisation de l’agriculture et de la pêche, la modernisation de l’administration et la décentralisation en faisant que chaque ville ou village voir Hameau, soit une commune, la modernisation de l’éducation nationale et du système de santé, la modernisation du transport aérienne, maritime et terrestre et du tourisme et la modernisation de la sécurité et du système judiciaire. C’est en modernisant ces cinq domaines d’une manière simultanée et soutenue financièrement par notre politique monétaire qu’on pourra faire sortir les Comores du marasme économique, social et surtout lutter contre le chômage des jeunes. Permettez-moi d’illustrer au moins une de ces modernisations qu’on compte réaliser pour le développement de notre pays. La première c’est la modernisation de l’agriculture et de la pêche. Je voudrais, vous rappeler que tous les pays développés et émergents sont d’abord passé par le cap du développement de l’agriculture. Pour notre pays, nous devons répertorier tout espace cultivable afin de les protéger et les faire exploiter. Aucun terrain agricole ne serait laissé sans être exploiter. Soit le propriétaire le cultive avec le soutien financier de l’Etat, par les banques de développement des Comores (la Banque de développement des Comores, l’actuelle BDC, la Banque Fédérale des Comores, BFC, et la Banque de l’industrie et du Commerce, la BIC, qui seront nationalisées pour un temps). Soit le propriétaire le loue à une société privée ou à l’Etat par le biais de la commune. C’est l’Etat qui choisira les produits agricoles à cultiver sur chaque terrain et centralisera les récoltes afin d’y trouver un meilleur marché. Par ailleurs l’armée sera mobilisée pour participer au développement de notre agriculture.
Quelle leçon avez –vous tiré suite à la proclamation de l’indépendance de notre pays ?
Il y a plusieurs que j’ai pu tirer de notre indépendance nationale. On aura l’occasion un jour d’en parler mais je tiens à préciser une chose. Pour défendre une indépendance, il faudra d’abord l’être soi-même. Aux Comores, il y a des hommes politiques et parfois des cadres qui vivent de la servilité et s’y contentent de mieux servir leurs maitres en tuant à petit le peuple comorien et les Comores. La leçon que j’ai tiré de l’indépendance est qu’il y a des gens qui naissent libres et se battent pour y rester parfois au prix de leurs vies. Il y a aussi des gens qui sont nés avec des prédispositions d’être esclaves et serviles comme l’avait bien dit le penseur algérien Malek Bennabi. « Dans un milieu colonisable, il n’est pas possible de voir autre chose qu’une administration colonialiste. On ne cesse d’être colonisé qu’en cessant d’être colonisable, c’est une loi immuable. »
Propos recueillis par KDBA








