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Assises de la réconciliation / Natuk Mohamed Mouzaoir : « Une chance pour dépasser les divisions politiques »

Alors que les assises de la réconciliation nationale à Mwali approchent à grands pas, Natuk Mohamed Mouzaoir, opposant au régime en place, a répondu à nos questions sur ce forum mais également sur plusieurs sujets d’ordre socio-politique.

Pensez-vous que les assises de la réconciliation nationale puissent réellement permettre de dépasser les divisions politiques ? Ont-elles, selon vous, une portée symbolique ?

Nous confirmons bel et bien qu’il existe une crainte réelle quant à la portée symbolique des assises de la réconciliation nationale. Toutefois, le parti Ulezi, que je préside, a toujours fait le choix du dépassement de ces craintes. En effet, nous sommes persuadés que ces assises pourraient constituer une opportunité importante pour surmonter les divisions politiques existantes, à condition qu’elles soient réellement inclusives, sincères et suivies d’effets concrets.

Si toutes les forces politiques, la société civile et les citoyens se sentent écoutés et représentés, et si des mesures d’apaisement urgentes, fondées sur le respect des engagements pris envers les partis d’opposition, sont mises en œuvre, ces assises pourraient favoriser un dialogue apaisé, restaurer un climat de confiance et poser les bases de réformes durables.

En revanche, si elles ne servent que d’exercice de communication politique, sans reconnaissance des responsabilités passées, sans garanties quant à la mise en œuvre des recommandations, ni réelle ouverture à la contradiction, elles risquent de renforcer la méfiance et la frustration. En définitive, leur impact dépendra moins de leur tenue que de leur méthode, de la volonté politique qui les sous-tend et de la traduction concrète de leurs conclusions dans les actes et les institutions. Les assises nationales de 2018 et le dialogue national de 2022, initié par le parti Ulezi, en sont des illustrations flagrantes.

Quelles mesures concrètes devraient, selon vous, être mises en place pour garantir l’application effective des conclusions issues de ces assises ?

Pour garantir l’application effective des conclusions des assises sur la réconciliation nationale annoncées par le chef de l’État, nous avons toujours proposé des mesures concrètes. Il serait primordial de mettre en place une Commission nationale indépendante de suivi, dotée d’un mandat clair et transparent, d’un calendrier précis et de moyens financiers suffisants.

Cette commission permanente devrait être composée de représentants de l’État, de l’opposition et de la société civile. Pour chaque recommandation, il serait impératif d’établir des rapports réguliers, accessibles aux citoyens, afin d’assurer la transparence et la redevabilité. Il conviendrait également de prévoir des mécanismes de sanctions institutionnelles en cas de non-respect des engagements pris.

Enfin, l’implication continue des partis d’opposition, des médias et des organisations de la société civile est indispensable pour maintenir la pression démocratique et éviter que le processus ne s’essouffle une fois les assises terminées.

Malgré les projets et réformes annoncés par les autorités, une partie de la population affirme ne pas constater d’amélioration de ses conditions de vie. Comment analysez-vous ce décalage entre les politiques publiques et le ressenti des citoyens ?

De nombreuses réformes restent peu visibles dans la vie quotidienne des populations, en particulier celle des ménages les plus modestes. Les effets des projets d’infrastructures régulièrement vantés tardent à se faire sentir pour le Comorien lambda. Par ailleurs, le coût de la vie, le chômage des jeunes, l’insécurité, la précarité et les inégalités sociales continuent de s’aggraver, alimentant davantage encore le sentiment de déclassement et d’abandon.

La méfiance de la population vis-à-vis des politiques en général, et de ceux qui sont au pouvoir depuis dix ans en particulier, se creuse profondément. Ce phénomène traduit une crise de confiance majeure entre l’État et le citoyen. Tant que les politiques publiques ne répondront pas directement aux priorités exprimées par la population et ne produiront pas d’améliorations tangibles, le sentiment de frustration persistera. On ne gouverne pas un pays uniquement avec de bonnes intentions ; celles-ci sont surtout utiles en période de campagne électorale.

Les relations entre les Comores et la France sont régulièrement perçues comme déséquilibrées. Diriez-vous qu’aujourd’hui les échanges se font sur un pied d’égalité entre les deux pays ?

Sans détour, ces relations restent marquées par une asymétrie historique, politique et, bien entendu, économique. Les échanges ne se font pas toujours sur un strict pied d’égalité, et ce déséquilibre porte gravement atteinte à la stabilité politique et économique. Je le dis haut et fort : cela suffit. Il est temps d’insuffler un véritable partenariat gagnant-gagnant.

Pour les Comores, la France demeure un partenaire privilégié en matière d’aide au développement, de santé, d’éducation et de sécurité. Dans ce cadre institutionnel, la relation peut être positive. Cependant, dans la pratique, plusieurs dossiers sensibles  notamment la question de l’île comorienne de Mayotte, les visas Balladur, la gestion de l’espace géographique comorien et l’exploitation des ressources naturelles limitent les marges de dialogue entre les deux pays.

Pour instaurer des échanges réellement équilibrés, les Comores doivent renforcer leur capacité de négociation et diversifier leurs partenaires internationaux. Il est impératif d’inscrire la coopération dans une logique de co-construction, fondée sur les besoins réels exprimés par les Comoriens eux-mêmes.

Propos recueillis par KDBA

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