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Accord de reconstruction à Mayotte : Les Comores dénoncent une ingérence inacceptable

L’Union des Comores a vivement réagi à la signature d’un accord entre la France et la Fondation Aga Khan pour la reconstruction de Mayotte, qualifiant cet acte d’« ingérence inacceptable » et de « violation flagrante de la souveraineté comorienne ».

La Fondation Aga Khan, représentant une communauté musulmane chiite ismaélienne présente discrètement aux Comores depuis plusieurs années, a conclu un partenariat avec le gouvernement français pour soutenir la reconstruction de Mayotte, suite au passage dévastateur du cyclone Chido en décembre 2024.

Ce soutien, qui couvre notamment les domaines de l’environnement, de l’agriculture, de la gestion de l’eau et des déchets, est perçu à Moroni comme une tentative de légitimation de l’administration française sur une île que les Comores revendiquent comme partie intégrante de leur territoire national.

Dans un communiqué officiel publié ce mardi, la présidence de l’Union des Comores a fermement dénoncé cette initiative, rappelant que Mayotte est une île comorienne, et que « son statut ne saurait faire l’objet d’aucun arrangement bilatéral ou multilatéral sans consultation ni consentement des autorités comoriennes légitimes ».

Les autorités comoriennes estiment que cet accord constitue une atteinte grave aux résolutions adoptées par les Nations Unies depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1975, mais également une violation des principes fondamentaux du droit international.

« Toute tentative de légitimation directe de l’occupation française à travers des actions de coopération, quelle qu’en soient les intentions affichées, constitue une violation flagrante des résolutions pertinentes de l’ONU, de l’Union africaine et de la Ligue des États arabes », précise encore le communiqué.

Tensions diplomatiques et mise en garde

Alors que le président Azali Assoumani avait réaffirmé la position officielle des Comores lors du dernier sommet des États de l’océan Indien, les autorités comoriennes regrettent que la France « persiste dans une politique de fait accompli » face aux revendications jugées légitimes par Moroni.

La présidence n’a pas manqué de souligner le risque d’instrumentalisation d’organisations confessionnelles ou d’initiatives à visage philanthropique, qui pourraient servir des intérêts géopolitiques ou stratégiques dans la région. « Le peuple comorien, uni et solidaire, ne se laissera pas diviser par des considérations confessionnelles, géopolitiques ou économiques », martèle le communiqué.

« Mayotte n’est pas à vendre »

Enfin, les Comores ont rappelé avec force que Mayotte reste, selon le droit et l’histoire, une terre comorienne. « Mayotte n’est pas un terrain d’expérimentation ni un terrain d’influence étrangère. C’est une terre comorienne, et elle le restera », conclut fermement la présidence.

La signature de l’accord entre Emmanuel Macron et Rahim Hosseini, représentant de la Fondation Aga Khan, dévoile par ailleurs un partenariat de longue date entre cette organisation et la France, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et du développement culturel.

Mais à Moroni, l’heure n’est pas à la diplomatie feutrée : la réaction est ferme, et le ton monte.

Kamal Said Abdou

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