Un collectif composé de cadres anjouanais a tenu une conférence de presse, samedi dernier à Moroni, pour mettre en garde contre toute tentative susceptible de compromettre le tour d’Anjouan à la présidence de l’Union des Comores en 2029. Le collectif rappelle qu’une remise en cause de la présidence tournante risquerait de raviver les tensions entre les îles, mettant en péril l’unité nationale et la cohésion sociale. Une telle démarche pourrait, selon eux, précipiter le pays dans le chaos, en ravivant les blessures du passé.
À moins de quatre ans de l’échéance, le climat politique se tend. Les voix discordantes se multiplient entre ceux qui défendent fermement le respect du calendrier constitutionnel et d’autres, proches du pouvoir, qui évoquent la nécessité d’« adapter » le mécanisme à la conjoncture politique et économique actuelle. Pour une large partie de la classe politique anjouanaise, tout recul serait perçu comme une « confiscation du droit » de l’île à exercer la magistrature suprême.
« Nous interpellons l’opinion publique sur les manœuvres de certains opportunistes politiques, dépourvus de tout projet de société ambitieux répondant aux attentes de la population, qui cherchent à engager un débat sur la révision de la Constitution dans le but principal de mettre fin à la présidence tournante », souligne le communiqué du collectif.
« Toute volonté de remettre en cause la tournante pourrait rallumer les blessures du passé »
Dans un contexte politique déjà fragilisé, le collectif estime que la présidence tournante est un gage de stabilité et d’équilibre entre les îles. « Cette alternative politico-démocratique a permis, depuis près de 20 ans, de maintenir la paix, la stabilité et l’équilibre entre les îles », ont rappelé avec insistance les conférenciers, en évoquant les Accords de Fomboni, qui ont instauré un nouvel ensemble et une nouvelle architecture institutionnelle.
« Même le drapeau et le nom du pays ont été modifiés. Cela illustre la volonté de tous les Comoriens de vivre ensemble dans l’unité », a expliqué Housni Mohamed Abdou, membre du collectif. « Remettre en cause ce pacte politique serait une grave atteinte à la stabilité nationale et à la confiance du peuple comorien dans ses institutions. Ce serait également un sabotage de la culture démocratique et du respect des lois et de la Constitution que nous nous efforçons d’instaurer et de consolider », poursuit le communiqué.
Des promesses officielles contredites sur le terrain
Bien que le chef de l’État, Azali Assoumani, ait à plusieurs reprises rassuré quant au respect de la tournante en 2029 en faveur d’Anjouan, la réalité sur le terrain semble contredire ces engagements. Le processus de réconciliation nationale, promu par le régime, pourrait en réalité remettre en cause les équilibres établis par les Accords de Fomboni en 2002.
« Nous appelons les députés à faire marche arrière sur le projet de loi visant à supprimer la présidence tournante », avertit le collectif, estimant qu’un tel projet raviverait les douloureux souvenirs des crises séparatistes des années 1990 et 2000. « L’unité et la stabilité de notre pays n’ont pas de prix », ont martelé les conférenciers.
Un appel à l’apaisement et au respect de la Constitution
Face à ces tensions, le collectif tente d’adopter un ton apaisant, tout en appelant au respect scrupuleux des institutions et à la préservation de l’unité nationale. « Nous espérons que le président Azali Assoumani, qui a lui-même initié la révision constitutionnelle de 2018 instaurant un système de deux quinquennats successifs par île, respectera sa parole et passera le témoin, en 2029, à un patriote originaire d’Anjouan », conclut le communiqué.
Mohéli attend son tour en 2026
Alors qu’Anjouan attend son tour en 2029, l’île de Mohéli, quant à elle, revendique le droit à la présidence dès 2026, en se référant à la Constitution de 2001. Les leaders mohéliens estiment qu’Anjouan aurait manqué son tour en 2019. Le collectif des cadres anjouanais, de son côté, rappelle que la nouvelle architecture institutionnelle a instauré un mandat de dix ans pour chaque île, selon le format en vigueur. Mohéli, souvent marginalisée, espère voir l’un de ses leaders accéder à la magistrature suprême après l’élection d’Ikililou Dhoinine en 2010.
Kamal Saïd Abdou









