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Chômage des jeunes diplômés : Des diplômes sans emploi, des rêves en suspens

Formés, qualifiés et ambitieux, de nombreux jeunes Comoriens peinent pourtant à trouver un emploi. Entre longues périodes d’attente, débrouille quotidienne et tentation de l’exil, le chômage des jeunes diplômés s’impose comme l’un des défis sociaux majeurs du pays.

Diplôme en main, regard tourné vers l’avenir, mais sans travail. À Moroni comme dans les régions de l’Union des Comores, la réalité est la même pour des centaines de jeunes diplômés. Chaque matin, ils espèrent un appel, une réponse à un dossier de candidature déposé parfois depuis des mois. Bien souvent, le silence est la seule réponse.« J’ai obtenu mon diplôme en gestion il y a cinq ans. Depuis, je dépose des dossiers dans les administrations et les entreprises privées, mais je n’ai jamais été convoqué pour un entretien », confie Soidroudine Saïd, 33 ans. Père de deux enfants, il a fini par se lancer dans la maçonnerie pour subvenir aux besoins de sa famille. « Aujourd’hui, je travaille sur de gros chantiers, mais ce n’est pas pour cela que j’ai étudié », regrette-t-il, inquiet face à l’absence de perspectives dans l’administration publique.

Un marché de l’emploi saturé

Formés dans les universités nationales ou à l’étranger, ces jeunes espéraient une insertion rapide sur le marché du travail. Mais l’économie nationale, peu diversifiée, peine à absorber le nombre croissant de diplômés chaque année. Le secteur public, longtemps perçu comme le principal pourvoyeur d’emplois, est désormais saturé, tandis que le secteur privé reste fragile. Abdou Souraya, diplômée en administration économique et sociale, partage la même désillusion. « On nous a toujours dit que les études étaient la clé de la réussite. Aujourd’hui, je me demande si cela en valait la peine. J’ai même pensé reprendre une autre formation, juste pour augmenter mes chances », confie-t-elle, lassée de déposer des dossiers sans réponse.

Du côté des autorités, Moindjié Salim Ahamadi, agent de l’administration comorienne, souligne que le gouvernement s’investit dans les formations techniques et professionnelles afin de favoriser l’auto-création d’emplois. « L’administration est saturée, mais plusieurs jeunes sont recrutés et formés dans des secteurs liés au développement socio-économique », explique-t-il. Faute d’opportunités, beaucoup de diplômés se tournent vers l’économie informelle. Vente ambulante, petits commerces ou services occasionnels : des activités souvent sans lien avec leur formation. « Je suis diplômé en sciences économiques, mais je fais du taxi pour survivre. C’est frustrant, mais je n’ai pas le choix », raconte Ali Mourad Fahardine.

Même constat pour Chaher Abbas, diplômé en sciences islamiques à l’université de Médine. De retour aux Comores depuis 2020, il travaille aujourd’hui dans le transport en commun. « Ce véhicule appartient à mon grand frère qui vit en France. Ce n’est pas facile, mais c’est la réalité de la vie ici », confie-t-il.

L’émigration, une alternative risquée

Pour beaucoup, l’émigration apparaît comme la seule issue. « J’envisage de partir, même si je sais que c’est risqué », admet Saleh Youssouf, diplômé en sciences de la vie et de la Terre. « Rester ici sans perspective, c’est attendre indéfiniment. ». Il rappelle toutefois le lourd tribut payé par de nombreux jeunes comoriens en quête d’un avenir meilleur. « Au Maroc, en Tunisie, au Sénégal et dans d’autres pays, des jeunes risquent leur vie en traversant la mer pour rejoindre la France. Certains réussissent, d’autres disparaissent en mer. C’est tragique », déplore-t-il, pointant du doigt l’absence de politiques efficaces pour freiner cette émigration par la création d’emplois.

Des mesures urgentes s’imposent

Malgré les difficultés, l’espoir demeure chez ces jeunes diplômés, attachés à leur pays et désireux de contribuer à son développement. « Nous ne demandons pas des privilèges, juste une chance de prouver ce que nous valons », insiste l’un d’eux. Pour éviter une génération sacrifiée, des solutions durables s’imposent : meilleure orientation des formations, encouragement de l’investissement privé, programmes d’insertion professionnelle et accompagnement des jeunes entrepreneurs. Transformer les diplômes en véritables opportunités d’emploi n’est pas seulement un défi économique, mais une urgence sociale pour l’avenir des Comores.

Hidaya

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