Hier mardi, le président du parti Comores Alternatives, Saïd Ahmed Saïd Abdillah a abordé plusieurs sujets de l’ordre politique, économique et sécuritaire, notamment l’accession du chef de l’Etat à la présidence de l’Union africaine, les altercations survenues à Mbeni, entre autres. Said Ahmed Said Abdillah condamne fermement l’implication des forces de l’ordre à Mbeni.

Azali persiste de vouloir être le président de l’UA sans réfléchir aux problèmes qu’il perdure aux Comores. Comment pouvez-vous analyser cette métamorphose ?
J’ai entendu et lu dans certains journaux africains que le président Azali Assoumani est en campagne pour devenir le président de l’Union Africaine (UA), au moment où aux Comores le peuple se bat pour acheter un sac de riz. En apprenant cela, je me suis dit que notre président est vraiment imbibé d’une culture dont certains comoriens s’identifient : la culture d’anda qui considère que le fait de faire manger des gens du riz, les rend nobles, intelligents et capables de tout. Pour lui, comme il est président d’un pays et membre de l’UA, il est égal à tout le monde. Cependant, il oublie qu’on n’est pas aux Comores mais en Afrique qui représente 54 pays, un continent. Le monde nous voit et nous connaît, plus particulièrement l’Afrique et ils savent l’état chaotique de la gouvernance d’Azali Assoumani dans notre pays. Qu’ est-ce qu’il va apporter à l’Afrique que le peuple comorien en est vraiment fier et a trop profité pour en partager ?
Le général Paul Kagame a montré au monde et en Afrique ce qu’il a fait chez lui avant de diriger l’UA. Paul Kagamé a pacifié et construit son pays qui est devenu l’image de développement socio-économique en Afrique. Le président actuel de l ‘UA, Macky Sall a développé son pays en construisant, entre autres, des autoroutes, des trains, une ville nouvelle et il a modernisé les universités de son pays et augmenté plus de 20.0000 chambres universitaires. Je serai ravi de voir un comorien à la tête de l’UA si, au moins, je peux vendre une de ses grandes réalisations aux Comores.
Une crise économique aux Comores et le gouvernement n’a pas encore trouvé la vraie solution ; or, il clame avoir soutenu les opérateurs économiques, les boulangers, l’Onicor, entre autres, pour instaurer la stabilité des produits alimentaires. Que dites-vous de cette situation ?
Le gouvernement comorien manque de visions, de politique économique et navigue à vue. Il y a certes une crise qui frappe le monde entier plus particulièrement l’Europe à cause de la guerre en Ukraine aujourd’hui et du covid-19 hier. Pour améliorer la vie du citoyen, le soutien des boulangers et des sociétés d’État ne suffisent pas. Il aurait fallu d’abord diminuer le train de vie de l’État, surtout limiter les voyages non indispensables du chef de l’État et de ses ministres. Il faudra aussi augmenter le bas salaire à plus de 15% afin de favoriser le pouvoir d’achat du peuple comorien. Par ailleurs, depuis la crise où nous avons connu les fermetures des frontières, le gouvernement aurait dû mobiliser l’armée à cultiver des produits locaux comme des bananes, des patates et des maniocs à la Grande Comores, du riz à Mohéli et des clous de girofle à Anjouan.
Vous avez vu les échauffourées et les affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes à Mbeni, comment qualifiez-vous ces actes ?
Les événements de Mbeni m’ont appris trois choses : la haine et le ras-le-bol du peuple comorien contre le régime du colonel Azali Assoumani. Et je crains une guerre civile sanglante pire que celle de la Libye après la chute d’Azali Assoumani si la transition n’est pas bien préparée et organisée. La deuxième est que le colonel Azali Assoumani ne maîtrise plus la situation du pays et voire même son équipe. La troisième est que le peuple comorien est prêt à affronter le régime d’Azali Assoumani même par le sang. Il lui manque juste le pompier pyromane.
Pour revenir à votre question, nous condamnons fermement l’intervention de l’armée dans une ville non hostile quel que soit le prétexte. Mais nous condamnons aussi les comportements des jeunes qui se sont pris à des individus isolés quoique proches du régime.
Quel message envoyez-vous à l’armée comorienne pour des tels cas, comme à Mbeni ?
Je voudrais d’ abord rappeler à notre armée nationale, à la gendarmerie que chacun d’entre eux est individuellement responsable de ses actes devant Dieu, devant le peuple comorien et devant l’histoire. Ils ne doivent jamais oublier que tout se paie dans ce monde, tôt au tard. L’armée nationale, plus particulièrement ses chefs, à différents niveaux de responsabilités seront jugés, un jour, de tous leurs actes. Hitler se croyait invincible et se disait être détenteur d’un pouvoir de cent ans. Mais il a été rattrapé par la réalité et se suicida pour éviter d’être capturé et jugé comme le furent ses fidèles collaborateurs et les chefs de l’armée hitlérienne à Nuremberg. Ceci juste pour rappeler, qu’au-delà du fantasme, l’armée Comorienne ne pourra pas tenir la colère et la volonté du peuple comorien. Aujourd’hui, Mbeni a été détruit et l’arrêté ministériel ne justifie pas la violence de l’armée. Il est temps que les responsables des crimes perpétrées par notre armée nationale soient connues et jugées. Ne l’oublions pas que le Commandant Faycoil Abdousalam, le Capitaine Moutu et le père de famille Salim ont été froidement assassinés au sein du camp militaire de kandani sans qu’on sache qui a tiré et qui a contribué aux crimes. Ils n’ont eu aucune justice ni de l’armée nationale ni de notre ministre de la justice de l’époque. Le moment venu, la justice sera rétablie et l’armée nationale surtout ses chefs rendront de comptes. La paix est à celui qui suit la bonne voie.
Propos recueillis par Abdoulandhum Ahamada








