Moroni a accueilli, du 8 au 13 juin 2026, la cinquième édition du Festival international Bangwe de l’oralité (FIBO). Organisé par l’association Kam Art Culture, l’événement a marqué une nouvelle étape en faisant du numérique un levier de valorisation, de diffusion et de professionnalisation des créations culturelles comoriennes.
Au-delà des spectacles, cette édition s’est distinguée par une volonté affirmée de renforcer les compétences des acteurs culturels. Des masterclasses consacrées aux industries culturelles et créatives, des formations en critique d’art contemporain, ainsi que des ateliers sur le personal branding et la découvrabilité des contenus culturels ont rythmé cette semaine dédiée à l’oralité, à la création et à la transmission.
Pour nourrir cette dynamique, le festival a réuni plusieurs intervenants de renom venus partager leurs expériences avec les professionnels comoriens. Parmi eux figuraient la journaliste Elisabeth Apampa, l’expert des industries culturelles et créatives et spécialiste de la Convention de 2005 de l’UNESCO, Luc Mayitoukou, le promoteur culturel Marius Roméo Komando et l’actrice culturelle Yvette Horade Rimbera. Leurs interventions ont ouvert des espaces d’échanges sur la structuration du secteur, la visibilité des artistes et le développement de l’écosystème culturel national.
Dans un contexte où les plateformes numériques redéfinissent la circulation des œuvres et les modes de consommation culturelle, le FIBO a placé ces enjeux au cœur de sa programmation. Pour Rahim El Had, président de Kam Art Culture, cette orientation répond à une évolution incontournable. « Aujourd’hui, le premier marché avant le marché physique, c’est le public numérique. C’est ce qui pousse les gens à aller vers le présentiel », a-t-il déclaré.
Selon lui, former les artistes à la découvrabilité numérique et au personal branding constitue désormais un enjeu majeur pour accroître leur visibilité et renforcer leur reconnaissance, tant aux Comores qu’à l’international. Le numérique n’est plus seulement un outil de communication, mais un véritable levier de développement pour les industries culturelles et créatives.
Cette cinquième édition a également servi de cadre à une réflexion collective sur l’avenir du secteur culturel comorien. L’ambition affichée par les organisateurs est de contribuer à sa structuration au cours des cinq prochaines années, en favorisant une meilleure organisation des acteurs et une professionnalisation durable. Le FIBO affirme ainsi sa double vocation : être à la fois un rendez-vous artistique majeur et un espace de réflexion stratégique pour la culture aux Comores.
Sur le plan artistique, le public a assisté à un showcase musical, découvert l’exposition « Mshe Mhaza » du plasticien Seda Ibrahim Hanifa et participé à plusieurs rendez-vous consacrés à l’oralité. Le festival s’est clôturé par la Grande Nuit de l’Oralité, réunissant slameurs, musiciens, danseurs et interprètes de chants traditionnels dans une célébration de la richesse du patrimoine immatériel comorien.
En conciliant héritage oral, création contemporaine et innovations numériques, le FIBO 2026 confirme son rôle de laboratoire culturel. Plus qu’un festival, il s’impose comme un espace où l’oralité se réinvente, trouvant désormais sa place dans les nouveaux circuits de diffusion, de formation et de professionnalisation.
Djanamali Saïd Abdou









