ALFAJR QUOTIDIEN – Journal d'information quotidien comorien

Dr Achmet Saïd Mohamed : « Si on parle de dialogue national c’est parce qu’il n’y a pas de démocratie »

Après la formation du nouveau gouvernement par le président de la République, Dr Achmet Saïd Mohamed a répondu à nos questions. Selon lui, Azali est acculé, il a perdu toute crédibilité nationale malgré le fait qu’il est en campagne depuis plus de 5 ans.

Deux années de lutte contre le pouvoir en place, pouvez-vous parler des résultats ?

Il est difficile de parler de résultat au milieu d’une bataille. Les comoriens attendent deux choses, la chute de ce régime et la fin d’un système qui perdure depuis l’indépendance et dont Azali est l’avatar. Azali parle de démocratie là où toute réunion publique comme privée est considérée comme des crimes, dans un pays où la justice est devenue un instrument de répression au service d’un homme. Les différents rapports et saisines de la communauté internationale attestent clairement de cet état de fait. Aujourd’hui les comoriens doivent savoir qu’ils n’ont pas livrés à eux-mêmes et le moment venu, justice leur sera rendue.

 Quelle est votre nouvelle stratégie de lutte après que le président continue à gouverner le pays ?

Au sein du mouvement Hury notre combat est resté le même. Dès lors qu’il a décidé d’écourter son mandat, et dans la mesure où le peuple n’a pas pu s’exprimer librement Azali n’est plus le président légitime de l’Union des Comores, mais un putschiste qui une fois encore, se maintient par la force des armes.

Le mouvement Mabedja a réussi là où l’opposition a échoué. Comment peut-on expliquer cela ?

Mabedja a initié une mobilisation que nous soutenons tous, je félicite l’initiative de remobilisation populaire et le succès enregistré par Mabedja. Il n’ya pas longtemps notre frère Abdallah Abdou Hassan, a suscité un engouement important à Mbéni, avant lui, il y a eu le Cnt à Ntsudjini, et bien avant encore, il a eu la marche des candidats à Moroni. Tous ces rassemblements ont toujours étaient durement réprimés par le Pign. Lors du rassemblement de Mabedja, nous avons vu une chose nouvelle, le peuple a choisi d’affronter le Pign. Bravo Mabedja et Bravo Ikoni. C’est ça la grande victoire. Donc le plus important maintenant est une union sacrée pour pérenniser l’engouement d’Ikoni, dans les autres villes et villages. Le peuple doit briser les chaines car « Seule la lutte libère ».

Et l’appel du président au dialogue national ?

Dans toute l’Afrique, il y a des expressions qui tournent en boucle pour bafouer la démocratie et éviter de traiter les problèmes. Réconciliation nationale, dialogue inclusif, amnistie, vérité et réconciliation et j’en passe et des meilleurs. Ces expressions permettent juste à des criminels d’obtenir l’absolution, à des voleurs des deniers publics d’être lavés pour retourner aux affaires ou encore à des putschistes sanguinaires de légitimer leurs forfaits. Azali est de cela. Il a décidé de changer la constitution comorienne sans l’aval des comoriens et pour cela, il a dissout toutes les instances émanant de la constitution de 2001. De plus, en 2019, il a privé les comoriens de pouvoir choisir librement leur président. Maintenant, pour couvrir toutes ces forfaitures, il nous chante le refrain du dialogue national. Azali est acculé, il a perdu toute crédibilité nationale malgré le fait qu’il est en campagne depuis plus de 5 ans.  A l’internationale, les institutions financières lui ont tourné le dos, les bailleurs de fonds l’ont vomis, alors qu’il rende le pouvoir à la population comorienne et qu’il arrête de gesticuler. Il parle de dialogue national et nous nous avons envie de dialoguer avec les comoriens directement. Nous voulons partager une vision nouvelle et se préparer à la naissance d’un pays prospère, où la jeunesse s’épanouit sans avoir besoin de se noyer dans l’Océan Indien, en mer méditerranée. Voyez-vous, si on parle de dialogue aujourd’hui c’est parce qu’il n’y pas de démocratie.

Quelle lecture faites-vous de la composition du nouveau gouvernement ?

On peut dire que la montagne a accouché d’une souris. Le nouveau gouvernement est un non-événement, juste il a déshabillé Mohamed pour habiller Mahamoud.

Le pays traverse actuellement des crises sans précédent, qu’en dites-vous ?

Ce que vit la population comorienne est la conséquence des politiques désastreuses qui se perpétuent depuis notre indépendance. Notre pays a besoin d’être réformé en profondeur dans tous les domaines. Il nous faut révolutionner notre agriculture pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire et la baisse des prix avec une agriculture moderne et attractive. Il nous faut révolutionner notre système de santé pour endiguer l’expatriation médicale et les pandémies futures. Il nous faut révolutionner notre mode de gouvernance pour enrayer la corruption et la gabegie. Il nous faut révolutionner notre système éducatif pour mieux préparer nos élites de demain. Il nous faut imaginer un nouveau modèle social pour ne laisser personne sur le carreau. Il nous faut donner de l’espoir aux comoriens pour que demain nous puissions être fiers de ce que nous aurons bâti. « La révolution la seule solution ». Pour finir, il nous faut être derrière les cœlacanthes, qui nous feront briller aux yeux du monde.

Propos recueillis par Kamal Saïd Abdou

 

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