Derrière ses palétuviers et ses eaux saumâtres, la mangrove de Simamboini abrite un patrimoine naturel d’une valeur exceptionnelle. Une étude biologique récemment validée révèle une concentration remarquable d’espèces endémiques, une importante colonie d’oiseaux marins et une diversité de reptiles rares. Au cœur du Parc national Cœlacanthe, ce sanctuaire naturel s’impose comme l’un des piliers de la conservation de la biodiversité comorienne.
À première vue, la mangrove de Simamboini ressemble à bien d’autres forêts côtières. Pourtant, derrière ce paysage paisible se cache un véritable laboratoire de la nature. Chaque palétuvier, chaque rocher et chaque étendue de vase constitue un refuge pour une faune dont une grande partie n’existe nulle part ailleurs au monde.
C’est ce que confirme la validation de l’étude biologique réalisée avec l’appui financier du Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF), à travers le Groupe d’Intervention pour le Développement Durable (GIDD). Les résultats dressent le portrait d’un écosystème d’une richesse exceptionnelle, dont la préservation apparaît désormais comme une priorité.
Les inventaires ornithologiques ont recensé 2 310 oiseaux appartenant à 20 espèces, réparties dans 15 familles et 7 ordres. Plus remarquable encore, sept taxons sont endémiques, soit 35 % des espèces observées. Un chiffre qui illustre à lui seul le caractère unique de cette mangrove.
Certaines espèces bénéficient déjà d’une protection juridique. Une est strictement protégée par la législation comorienne, tandis que sept autres disposent d’une protection partielle. Au milieu des palétuviers évolue notamment le Souimanga de Humblot (Cinnyris humbloti humbloti), un oiseau emblématique que l’on ne rencontre qu’à la Grande Comore.
Mais le spectacle le plus impressionnant se joue dans les fourrés de la mangrove. Là, plus de 1 500 Sternes huppées (Thalasseus bergii) trouvent un site privilégié pour se reposer et se reproduire. Cette colonie fait de Simamboini l’un des principaux refuges des oiseaux marins du littoral comorien.
L’étude ne s’est pas limitée au ciel. Au sol, les chercheurs ont identifié sept espèces de reptiles appartenant à trois familles, dont trois sont endémiques de Grande Comore. Les populations sont largement dominées par Cryptoblepharus boutinii ater, Trachylepis comorensis et Phelsuma v-nigra comoraegrandensis, qui représentent à elles seules plus de 85 % des individus observés.
La présence du serpent Lycodryas sanctijohannis, une espèce partiellement protégée, confirme également la haute valeur écologique de cette zone, devenue un refuge pour une faune parfois menacée par la dégradation des habitats naturels.
Au-delà des espèces qu’elle abrite, la mangrove joue un rôle écologique fondamental. Les zones rocheuses, les palétuviers et les espaces côtiers forment un corridor naturel reliant les écosystèmes terrestres et marins. Cette continuité favorise la circulation des espèces, protège les équilibres écologiques et renforce la résilience des milieux face aux changements environnementaux.
Les conclusions de l’étude sont sans appel : Simamboini n’est pas seulement une mangrove. C’est un sanctuaire de biodiversité, un réservoir d’espèces endémiques et un maillon essentiel du patrimoine naturel des Comores.
Dans un contexte où les écosystèmes côtiers subissent une pression croissante, ces résultats rappellent l’urgence de renforcer les actions de surveillance, de protection et de gestion durable. Car préserver Simamboini, c’est protéger une part irremplaçable de l’identité naturelle des Comores, mais aussi transmettre aux générations futures un héritage dont la valeur dépasse largement les frontières de l’archipel.
Hidaya








