ALFAJR QUOTIDIEN – Journal d'information quotidien comorien

Dr Zilé Soilihi : « Le 26 mai est une nouvelle étape de notre lutte »

Alors que l’opposition s’était musclée à mettre fin à la « dictature » et ouvrir une nouvelle page pour les Comores depuis le 26 mai dernier, elle ne reconnait pas le chef de l’Etat et désapprouve sa légitimité. Dans cet entretien, D.r Zilé Soilihi n’a pas mâché ses mots et dénonce vigoureusement la politique du président d’Azali.

Dr Zilé Soilihi, un membre de l’opposition comorienne

Vous avez participé aux assises nationales lesquelles ont donné naissance à une nouvelle constitution et à des élections présidentielles et aujourd’hui vous vous opposez à cette constitution. Comment expliquez-vous cela ?

Tout d’abord sachez que je n’ai jamais participé à ces assises  dites nationales  dont  les conclusions ont été préfabriquées pour permettre le déroulement du plan machiavélique qui a conduit au coup d’état électoral d’Azali Assoumani. J’ai par  contre  conçu  et animé les assises de l’énergie  pour donner une nouvelle stratégie énergétique aux Comores, conçu et animé les assises de la décentralisation, pour finaliser le projet de décentralisation  conçu et animé les assises  de l’université pour donner une nouvelle vision et de nouvelles orientations à l’université des Comores. J’ai aussi proposé des réorientations aux  sociétés  d’Etat, animé un séminaire pour expliquer au gouvernement  d’Azali en particulier  la notion d’émergence et exposé les voies possibles que pourraient  suivre le pays pour atteindre ce stade  de développement. Pour ce qui est de la constitution faite sur mesure, je considère que son adoption à travers un référendum truqué lui enlève toute valeur démocratique, ce qui justifie ma vive opposition, compte tenu de mon attachement  à la démocratie

Le parti Ulezi appelle à un dialogue national. Le chef de l’Etat a même souligné lors de son anniversaire de deux ans que les portes de la négociation sont toujours ouvertes. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes prêts à dialoguer mais  nous avons des préalables qu’il faudra satisfaire pour œuvrer à une véritable réconciliation. Parmi ces préalables, je veux citer celui de la libération de tous les prisonniers politiques, la possibilité de retour des  exilés politiques et le fait qu’un tel dialogue que nous voulons soit constructif et inclusif et doit  se dérouler sous supervision internationale avec une participation conséquente de la diaspora qui est  un pilier de notre lutte et du développement de notre pays.

Comment jugez-vous le bilan du colonel Azali Assoumani ?

Il a promis de l’électricité : l’on assiste à une politique énergétique erratique basée sur des achats de moteurs reconditionnés achetés sans appel d’offres qui tombent régulièrement en panne. Et pourtant la stratégie énergétique existe, il suffirait de s’organiser pour la mettre en œuvre. Qu’attendons-nous alors que nous avons par ailleurs démontré devant la banque mondiale et  la BAD qu’une telle stratégie pouvait mettre fin à la famine énergétique et créer au  moins 1500 emplois. Il a promis un jeune un emploi. Ce fut parfois un jeune une balle, les jeunes ont très peu de perspective d’emploi, le chômage est au plus haut, beaucoup fuient le pays au péril de vie pour trouver un  avenir meilleur. Ajoutez à cela un nombre croissant de faillites d’entreprises due à une économie atone, un système financier  et des taxes douanières  qui étouffent  les entrepreneurs,  des aides détournées, une corruption à tous les niveaux un climat des affaires qui repoussent les investisseurs , un enseignement public du primaire au supérieur dont les infrastructures et le niveau sont fortement dégradés, un système de santé  sous équipé, des infrastructures routières  ayant peu évolué depuis l’ère Ikililou et Sambi et pour finir l’instauration  d’une dictature qui tue, qui emprisonne sans procès, qui muselle la presse.

Vous avez promis le départ du colonel Azali d’ici le 26 mai dernier alors qu’il continue à exercer son pouvoir.  Y-a-t-il une stratégie pour faire chuter le régime ?

 Nous n’avons jamais annoncé la chute d’Azali et de son régime le 26 mai dernier. Non ! Nous avons par contre dit qu’à partir du 26 mai, la présidence et le gouvernement d’Azali Assoumani sont illégitimes. Débarrasser notre pays de cette dictature demande de courage, résilience et patience. Le 26 mai est une nouvelle étape de notre lutte. Vous avez pu voir que ce jour-là, la peur a  commencé à changer de camp. Azali n’a pas osé comme à l’accoutumée se pavaner au stade Ajao. Même les salles de Moroni ont refusé d’héberger la célébration de sa forfaiture. Il a dû se cacher du peuple  et se réfugier à Beit salam pour parler à un public  trié  sur le volet.  Nouvelle stratégie ?  Certainement ! Mais vous comprendrez aisément  que ce n’est pas le genre de choses que nous allons étaler en public. Nous allons continuer à nous battre avec les armes démocratiques. Nous allons continuer à crier notre colère au monde   et  jusqu’à ce que   les femmes, la jeunesse et  le peuple comorien tout entier  envahissent  les rues des Comores  et prennent un jour heureux. La direction de Beit salam  pour que cesse la tyrannie, pour que revienne l’état de droit, pour que soit restaurée  la tournante pour Anjouan 2021 et Mohéli 2026 et qu’enfin la paix et la stabilité règnent dans notre beau pays.

Propos recueillis par Kamal Saïd Abdou

 

 

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