ALFAJR QUOTIDIEN – Journal d'information quotidien comorien

Echéances électorales 2024 : Salim Saadi : « L’opposition doit se mettre en ordre de bataille »

Alors qu’un dialogue national inclusif est appelé, Salim Saadi soutient cette initiative puisque, dit-il, lorsqu’il y a un conflit, un dialogue apaisé est nécessaire pour aboutir à une résolution. Le leader du parti Al-Qamar est revenu sur la crise qui frappe le pays et demande : où sont passés les trois milliards d’euros de fonds levés à Paris en 2019 ?

Cela fait plusieurs mois que vous avez gardé le silence par rapport à la crise sociale, politique voire économique que traverse le pays. Comment expliquez-vous ce silence ?

Vous avez raison mais vous savez que le silence est une règle d’or chez moi et cela fait partie de mes principes. Je ne parle pas pour ne rien dire… Dans son ensemble, et ce malgré les difficultés, le gouvernement a géré au mieux la crise sanitaire. Toutefois, je déplore le manque d’anticipation post crise sanitaire : aucun soutien financier n’a été apporté aux entreprises, hausse du coût de la vie et pas d’augmentation du pouvoir d’achat. Le gouvernement ne propose pas de solution de sortie de crise et la fronde sociale continue de gagner du terrain, la violence augmente, les actes d’incivilités sont en progression et jamais le pays n’a connu une telle situation. La crise sanitaire c’est l’arbre qui cache la forêt mais en réalité nous allons au-devant d’une crise sociale et économique sans précèdent.

Quelle est donc votre position concernant l’appel du dialogue national ?

Afin de préserver l’unité nationale et la cohésion de notre cher pays, le dialogue est plus que jamais nécessaire afin d’apaiser les esprits. Le parti « Al Qamar » et moi-même avons à plusieurs reprises lancé un appel à l’ensemble des parties politiques en faveur du dialogue national. Le président a longtemps émis des réserves, mais aujourd’hui nous ne pouvons que  nous réjouir qu’il ait enfin changé d’avis. Toutefois je me pose la question sur la sincérité de cette démarche, puisque d’emblée, il impose ces conditions en préambule, notamment celle de reconnaitre sa légitimité, alors qu’il est le président en exercice. Je souhaite que le président reçoive tous les partis de l’opposition, sans aucune exigence au préalable. Le dialogue reste selon moi la seule issue possible pour sortir de cette impasse. L’histoire nous a appris que lorsqu’il y a un conflit, un dialogue apaisé est nécessaire pour aboutir à une résolution. Aussi j’appelle l’ensemble de l’opposition  à répondre favorablement  cette demande de dialogue, et ainsi elle fera preuve de responsabilité et le peuple comorien en sera témoin. Ne pas participer au dialogue national c’est antipatriotique. Je pense que c’est le moment de mettre le gouvernement face à ses responsabilités. L’opposition doit également s’organiser et se mettre en ordre de bataille pour les prochaines échéances et proposer une alternative crédible. Nous devons partager les postes dans les institutions tels que la Ceni.

Êtes-vous pour les échéances électorales de 2024 ? Si oui, serez-vous candidat ?

Comme le prévoit la nouvelle Constitution, il y a une échéance en 2024. En tant que président d’Al-Qamar, mouvement reconnu par la loi selon la Constitution de juillet 2018. Si je suis investi par le parti, à ce moment-là je me poserai la question de ma candidature. Je pense qu’aujourd’hui, il n’est pas question de moi mais plutôt de l’avenir de notre pays. La situation est grave, malgré le remaniement ministériel, l’Etat continue de décevoir la population. On ne connait pas la feuille de route de ce nouveau gouvernement, aucune promesse électorale n’a été tenue, les arrestations arbitraires continuent et ne cessent d’augmenter …

Presque deux semaines, Mabedja mobilise les comoriens contre la vie chère, les violences sexuelles et la dictature. Croyez-vous que ce mouvement donnera un nouvel élan social, politique et économique ?

Je salue l’initiative et le courage de ces jeunes et j’apporte personnellement mon soutien à mon frère Farhane Attoumani, privé de ses droits depuis une dizaine de jours,  ainsi qu’à son camarade de lutte. Je pense que le mouvement aurait eu davantage d’impact s’il n’avait pas cédé à la pression politique d’une certaine opposition sectaire et populiste. Le gouvernement commet une faute grave en maintenant les jeunes de Mabedja en prison. Cela ne sert en aucun cas la cause du président. Le gouvernement dit haut et fort que nous sommes dans un état de droit. Aussi il devrait l’appliquer en libérant ces jeunes manifestants injustement emprisonnés.

Votre mot sur la pénurie des denrées alimentaires et l’envolée des prix 

Je considère que le gouvernement a manqué d’anticipation sur la gestion « de l’après Covid ». Le président n’a pas mesuré la gravité de la situation, puisqu’il n’a pas sanctionné le ministre de tutelle qui a failli à ces fonctions. Aucune solution ou proposition de sortie de crise n’a été présentée aux comoriens. Malheureusement les prix flambent. Je rappelle au gouvernement que nous sommes sur un archipel, par conséquent il me semble inconcevable de ne pas prévoir un stock de denrées alimentaires de première nécessité en cas de force majeur. Ce gouvernement manque de transparence et de clarté. Parlons de la conférence des bailleurs à Paris où sont passés les trois milliards d’euros de fonds levés. Il est impératif de mettre en place une commission parlementaire pour faire un rapport en toute objectivité et transparence sur la gestion et l’utilisation de ces fonds. Le président dupe le peuple comorien. En effet il détruit l’hôpital El-Maarouf. Mais on se rend compte qu’il n’y a aucune vision ni perspective. Car cela fait bientôt quatre ans que le projet est lancé et nous sommes encore très loin de l’achèvement des travaux, et encore moins, de sa mise en exploitation qui est cruciale pour le pays. Concernant l’énergie, nous sommes en 2021 et nous avons toujours des coupures d’électricité. C’est une honte. Alors que le président s’était engagé à fournir une énergie stable dans les cent premiers jours de son mandat. Encore une promesse non tenue…

Propos recueillis par KDBA

 

 

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