Le comédien comorien Kamar-Eddine Ben Abdallah a présenté, samedi 26 septembre, sa pièce, «Moi, sans papier, dans le canapé», à la médiathèque de Digne-les-Bains. Une création portée par la compagnie l’Art de vivre et mise en scène par Yves Fravega, qui interroge avec humour, colère et lucidité la condition des sans-papiers, notamment celle des Comoriens en France. «Nous sommes en guerre contre l’injustice, l’exploitation, l’inégalité, la haine et la mauvaise foi…», c’est avec mot en voix off que Kamar-Eddine Ben Abdallah lève le rideau de Moi, sans papier, dans le canapé. Une entrée en matière qui donne immédiatement le ton d’un spectacle où le rire côtoie la colère et où l’absurde devient une manière de raconter une réalité parfois difficile à regarder en face.
Au fil des scènes, Kamar-Eddine s’attaque notamment aux rapports entre les personnes sans papiers et leurs hébergeurs. Derrière les situations comiques se dessinent des rapports de dépendance, des abus et une forme d’exploitation silencieuse. « Un sans papier sur le canapé doit obligatoirement penser à faire le ménage, préparer à manger avant l’arrivée de tout le monde, ramener les enfants à l’école, les récupérer, ne pas toucher à la télécommande si les enfants sont présents. Ils abusent de nous. C’est ça, le mot », lance le comédien.
Kamar-Eddine Ben Abdallah ne se contente pas de dénoncer les difficultés administratives. Il interroge également le regard porté sur les Noirs. « Chez nous, on dit qu’on doit être beau comme un Blanc, manger bien comme un Blanc. Et ici, on dit qu’il est noir comme un singe. Pourquoi un tel mépris envers les Noirs ? Le respect doit être mutuel. Il est temps », dénonce-t-il sur scène.
À travers cette contradiction, le comédien dépasse la seule question administrative pour poser celle de l’identité, de la dignité et de la place accordée à l’autre. Le « sans-papier » n’est plus seulement celui qui ne possède pas le document attendu par l’administration. Il devient celui auquel la société refuse parfois de reconnaître pleinement une place. Une phrase résume à elle seule le paradoxe au cœur du spectacle : « J’ai des papiers, mon attestation, mon CV, mais ici je suis un sans-papier. »
La représentation repose également sur un travail sonore destiné à accompagner et amplifier le texte. Par moments, toutefois, la musique prend le dessus sur certaines paroles, au risque de faire perdre un peu de leur force à des passages particulièrement percutants. Un choix artistique qui témoigne néanmoins de la volonté de créer un univers scénique à la fois théâtral et musical.
« Le spectacle été plutôt chouette. C’était une façon de dire les choses qui n’est pas habituelle. On sent le vécu de la personne. Il a trouvé une manière qui excellent d’abordé le sujet du vivre ensemble, le public est conquis d’avance. Il faut sa parole puisse être diffusé plus largement », a conclu le spectateur Gilbert Bordord.
Mahdawi Ben Ali








